Perte et travail de deuil...


    

1. L'image de soi



          1.  Qu'est-elle ?

L'image de soi constitue la synthèse de ce que nous sommes et fait que chacun est
- unique et différent de tout autre,
- permanent bien que susceptible d' évoluer !


La représentation de soi-même, au niveau corporel et psychologique, confère une identité et affirme la continuité de soi dans l'existence, c'est-à-dire le sentiment de permanence du début à la fin. (À rapprocher du Moi de Freud : idnetité corporelle qui contient une identité psychique.)


L'image de soi est beaucoup plus large que le schéma corporel, c'est-à-dire, l'image du corps, sans aspect psychologique.

L'estime de soi est la dimension affective de l'image de soi : c'est la narcissisme, partie de la libido (de notre énergie). C'est l'image aimée de soi.








2.  Comment se construit-elle ?



L'image de soi se construit tout au long de la vie jusqu'à l'âge adulte.
Le regard des autres va nourrir ce narcissisme.
Les parents vont les premiers signifier à l'enfant son image au travers de leur regard.

- Le bébé (six à neuf mois) jubile dans les bras de sa mère devant le miroir : l'enfant est captivé par son image et il va aimer cette image (plaisir).
C'est la première ébauche du moi par anticipation de son unité.

- Au stade anal (deux ans) l'enfant prend conscience de son corps comme un contenant.

- Vers trois ans, c'est l'âge de grâce où l'enfant cherche à se pavaner et paraître : le regard de l'autre prend toute son importance.

- À l'âge de l'Œdipe, il s'identifie à son parent du même sexe et renonce à l'autre parent.

- Adolescent, il va devoir s'adapter à une nouvelle image de son corps, ce qui est souvent source de malaises. Il cherche ses propres valeurs et se trouve fragile.

Toute la vie, l'être humain s'investit plus ou moins dans cette image ; on s'aime plus ou moins suivant les périodes de la vie.







L'image de soi va se nourrir
- de ce que l'on fait,
- de ce que l'on paraît devant les autres.



Image de soi  =  {Être + Agir + Paraître + Avoir }








Ces quatre composants peuvent varier suivant les situations.

Par exemple :

- image de soi professionnelle :
paraître,
agir,
faire.

- image de soi familiale :
avoir,
paraître,
agir.


La libido (pulsion de vie et de mort) est nourrie par le narcissisme et les relations objectales, c'est-à-dire l'amour que j'envoie vers les autres et dont une partie revient vers moi.



L'image de soi se construit ainsi et cela a une grande importance dans la vieillesse.



L'image de soi - synthèse de ce que nous sommes en tant qu'être unique, différent de tout autre, permanent bien que susceptible d'évoluer - et la relation à autrui, s'influencent réciproquement :
aimée, la personne se sent aimable
et se donne sans réticence à l'amitié et à l'amour.



Ainsi une image défavorable d'elle-même l'empêche de faire cette démarche de relation vers l'autre ; un cercle vicieux s'installe, et se solde par l'incapacité à entrer dans une relation vraie, d'où l'isolement.






Tout au long de notre vie, nous devons réaménager la vision de notre corps.

La vision identitaire du vieillissement est très réelle, car il faut accepter un corps différent.



Dans l'image sociale, le vieillissement est très négatif ; aussi nous pouvons comprendre l'importance de s'occuper de l'image du corps en Institution.




   



          3. Les atteintes de l'image de soi



La personne âgée va recevoir des attaques dans l'image de soi et cette image de soi va s'effondrer, va s'effriter.



1. L'image sociale

La première atteinte de l'image de soi porte sur l'image sociale par l'arrêt de l'activité professionnelle et cette altération sera d'autant plus importante que cette image de soi est basée sur le faire et le paraître.



2. La limitation physique

La deuxième atteinte, c'est la limitation des fonctions corporelles.

Le corps, autrefois source de plaisir, devient source d'inconfort ou de déplaisir. Il devient de moins en moins performant et il est de plus en plus défaillant.

Ce corps n'obéit plus à la volonté, devient étranger et la personne se sent trahie par ce corps souffrant, lourd, handicapé parfois.

Le réel s'impose aussi au travers du miroir par un reflet de soi-même parfois insupportable.

Le corps peut devenir persécuteur par les souffrances parce qu'il n'est plus objet de plaisir.







La construction imaginaire - vieillesse tolérable - faite dans son enfance va être confrontée au réel. L'échéance ultime, la mort, est vue comme la déchéance de l'image de soi.




3. La crainte du morcellement


Cette crainte fige l'image de soi et accélère la dégradation.

- Le corps est perçu en pièces détachées - dentier, lunettes, prothèses auditives, canne...

- L'incontinence est ressentie comme une humiliation : le corps n'est plus un contenant...

Au niveau psychique, il y a cette perte de la notion de contenant et cela accroit le morcellement de l'image de soi : l'identité va être touchée.


En plus, cette déchéance s'offre à l'oeil de l'autre et le regard de l'autre, souvent plus jeune, renvoie une image délabrée.






 




2. Le renvoi d'image




L'image renvoyée par les personnes âgées nous indique ce que nous serons plus tard.


Des relations affectives normales se créent entre les personnes âgées et les soignants
(les soignants étant ceux qui prennent soin de...)  et non des soignants médicaux dont l'objectif est de restaurer et  guérir.

Les « soignants » voudraient éviter leur mort et cela les renvoie à leur propre mort et ils sont impuissants à empêcher cela : c'est une source de stress profond...




Dans la vieillesse, les enfants deviennent les « parents » de leurs parents déficients ou désorientés ; ces derniers renvoient une image défaillante de leur être et cette image est plus ou moins tolérable.

Elle est négative au niveau du corps quant à l'identification possible (elle est plus ou moins tolérable) et cela déclenche un très grosse culpabilité chez les enfants.




Il y a aussi un type inversé où l'on assite à la résurgence de l'Œdipe : l'enfant est tout-puissant et le parent diminué.  

Cela fait vivre aux enfants des sentiments très mélangés d'amour, de haine, de culpabilité, d'où la naissance de conflits.




Quand le parent meurt, c'est le deuil de l'enfance : il faut faire ce travail de deuil de notre enfance.

Le parent vivant est le rempart de la propre mort des enfants.






Le vieillard se voit comme on le voit ; c'est pourquoi le regard du « soignant » a une telle importance dans les soins (prendre soin) gériâtriques.

C'est le soignant qui va renvoyer vers l'autre une image positive ; le miroir renvoie l'image physique mais dans le regard de l'autre se verra l'image de soi !


Le manque de formation du personnel dans les maison de retraites risque de précipiter involontairement l'effondrement du narcissisme du vieillard, qui n'est plus  nourri.





De même, on ne peut pas aller vers l'autre si l'on ne s'aime pas soi-même !

C'est une illusion si l'on soigne le paraître et non pas l'être !


Le paraître doit aider l'être, et pour agir au niveau de l'être, il est nécessaire de trouver un sens à la vie.

Il n'est pas possible de travailler parmi les personnes âgées sans réaliser ce que cela nous fait vivre en tant qu'être humain évoluant forcément vers la mort.

Si l'on veut être thérapeutique,

on ne peut pas parler de la mort sans s'impliquer !









3. La perte et le travail de deuil chez l'être âgé



Vieillir, c'est perdre son image de soi et traverser des crises d'identité !

Vieillir, c'est accepter un déclin physique et psychique...

Vieillir, c'est aussi voir la dépendance de autres s'accroître, avec la nécessité de réaménager sa relation objectale à l'autre.



  • Ainsi l'expérience du deuil est une situation douloureuse qui résulte d'une perte :

- décès,
- chômage,
- problème de santé,
- vieillissement invalidant,
- rutpure familiale...


  • Le travail de deuil est l'aboutissement de tout un processus qui va mobiliser de l'énergie pour pouvoir
- s'adapter,
- accepter la perte,
- se résigner à en être privé et
- accepter soi-même de vivre !


Cette activité va demander du temps, et est variable d'un individu à l'autre.
Toute l'énergie est canalisée par l'activité de la pensée.
L'ensemble des émotions éprouvées est de l'ordre dépressif et considéré comme normal.


  • Le processus du travail de deuil, c'est-à-dire le passage de la blessure à la cicatrisation, passe par les mêmes phases que les stades du mourir :
- situation de choc,
- phase dépressive,
- colère, idéalisation,
- cicatrisation.






Une bonne prévention du vieillissement réside dans

un constant réaménagement de la problèmatique du deuil,


afin d'éviter toutes les réactivations au cours de la vcieillesse par les pertes successives
- faire le deuil de son corps,
- de son identité sociale,
- de sa famille...





La vieillesse  n'est pas une maladie

(au sens pathologique du terme) et

la Vieillesse est toujours capable 

de gérer son quotidien selon son choix !







Deborah-Esther LIEBER


Ce site   « HONORE TON PÈRE ET TA MÈRE... »  participe  au  MINISTÈRE  DE  L' ALLIANCE




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