Relation et communication


Ce chapitre - étant très long et important -  bénéficie d'un index !

A. Les relations humaines : un besoin vital

I. Positions relationnelles et comportements
II. Unité et cohérence : le principe de congruence

B. Communiquer... oui mais comment ?

I. Les langages de transmission

1. Le verbe
2. Le langage du corps
3. L'infraverbal

II. Transmission et feedback et résistances

C. L'écoute

I. S'écouter soi-même
II. L'écoute de l'autre
III. La relation soignant-soigné


D. Construire une relation vivante !

I. Retrouver sa cohérence
II.  Retrouver le sens d'une vraie relation humaine





A.Les relations humaines, un besoin vital !




Communiquer, être en relation, partager !
Rien au monde ne semble plus important, plus essentiel à l'existence...

C'est l'une des aspirations les plus vitales, les plus profondes que d'avoir le sentiment d'être relié à un ensemble plus vaste, d'être reconnu, identifié, d'appartenir à un groupement, à une communauté de langue...

Personne ne peut faire l'impasse d'être en relation ou d'être entendu  !

L'homme est un ensemble de virtualités qui se développent et se structurent dans la relation. Le système sensoriel doit être sollicité.

Le repérage de soi se fait par le moyen de l'autre : le nous existe avant le je.
Le regard d'amour de la mère sur l'enfant permet à ce dernier de se voir lui-même.




Toute relation peut être symbolisée par une écharpe qui comporte deux extrémités, celle que je tiens et celle que tient l'autre.

Cette écharpe me relie
- sans m'attacher,
- sans m'étrangler
et je peux différencier ce qui vient de l'autre et ce qui vient de moi.

Je suis responsable de mon bout et seulement de mon bout.






1. Positions relationnelles et comportements



  • Toute notre vie, nous cherchons l'équivalent symbolique dans nos relations, de quatre éléments que nous perdrons à notre naissance :

- le placenta, dans l'aspect nourricier de la relation,
- le cordon ombilical, ou le rattachement à une personne significative pour nous,
- le liquide amniotique, qui symbolise l'aspect créatif, inventif de la relation,
- la membrane, qui est la protection de la re-con-naissance, l'un des besoins les plus fondamentaux.




  • Quatre positions relationnelles essentielles président à toute tentative de communication :

- l'ouverture ou
- la fermeture de l'échange qui m'est proposé
- la passivité ou
- le dynamisme pour accompagner l'autre dans sa parole.






  • Deux besoins fondamentaux vont interférer dans toutes les relations sociales :

- le besoin d'affirmation et
- le besoin d'approbation.


Ces besoins rentrent en compétition dans bon nombre de situations de travail.

Combien de tâtonnements, de malentendus, de souffrances (souffre-errances) pour découvrir que communiquer, c'est...

« mettre en commun nos différences et nos ressemblances

dans le recherche de la satisfaction du besoin

d'être reconnu et celui d'être entendu par l'autre. »

Jacques SALOMÉ



Communiquer, c'est aussi un savoir-être qui permet à l'autre d'avoir des mots pour le dire.




  • Quatre possibilités s'entremêlent dans une relation vivante :
1.  oser demander
     sans accusation, reproche, culpabilité ou plainte...

2. oser donner
 
  sans imposer mais en offrant ce qui peut être reçu...

3. oser recevoir
   dans un accueil sans a priori...

4. oser refuser
   dire non pour apprendre à dire de vrais oui !



Demander

C'est prendre le risque de rencontrer le refus ou d'être comblé.

La demande - pour se frayer un chemin praticable, sera une proposition (relevant de l'invitation) la plus concrète possible : celui qui la reçoit est alors mis en situation d'accepter ou de refuser.


Donner

Mot piège qui ne prend de sens que par son complément !
 
Trop souvent, nous donnons ce que nous aimerions recevoir, faisant à l'autre ce que nous voudrions qu'il nous fasse... ou qui nous l'attachera !

Il nous faut beaucoup de lucidité pour débusquer sous nos bonnes intentions, ce qui dans nos dons, relève de la demande ou de la redevance... Suggérer plutôt que d'imposer !



Recevoir

J. SALOMÉ parle du « Sahel » relationnel des pays développés, de la désertification des relations.

Notre éducation a fait de nous des infirmes du « recevoir » !

- Savoir accueillir au lieu de prendre,
- accueillir des gratifications, des refus ou des remises en cause, des propositions inattendues ou des idées nouvelles, des marques d'intérêt ou des objets,
- recevoir sans contrainte...


Refuser

Il y a trois ordres de refus :

- celui des actes que l'on me demande d'accomplir,
- celui des sentiments que les messages et conduites sont censés provoquer en moi,
- et celui que je m'impose par anticipation des conséquences.

Plus il m'est douloureux de recevoir un refus, plus il me sera difficile d'opposer un refus à une proposition qui m'est faite.

En disant « Non ! », je me définis comme responsable : c'est m'affirmer !





Communiquer...

un espace de possible entre

l'irrésistible besoin de la rencontre et

l'inéluctable évidence de la séparation !


Boris CYRULNIK








2. Unité et cohérence : le principe de congruence



Dans son essai de formulation d'une loi générale des relations interpersonnelles, Carl ROGERS a mis en évidence le concept de congruence, concept nouveau, forgé pour englober un groupe de phénomènes qui semblent importants dans toute relation interpersonnelle.


Cela indique une correspondance exacte entre l'expérience et la prise de conscience de cette expérience.



Ce terme de congruence peut aussi désigner d'une façon plus large, l'accord de

- l'expérience,
- de la conscience et
- de la communication.

  • C'est l'exemple du nouveau-né qui a faim et qui pleure :
- son expérience, la faim
- sa conscience qu'il en a, le malaise qu'il ressent,
- et la communication de ce qu'il vit, ses pleurs pour avertir son entourage,
sont en congruence, c'est-à-dire en unité, en transparence.

  • Un homme se laisse emporter par la colère dans une discussion de groupe ; quelqu'un lui en fait la remarque.
Il nie être en colère et dit ne constater que des faits, ce qui fait éclater de rire tout le monde !

Il n'est pas conscient de sa colère, ni de la communication qu'il en fait : il y a non congruence entre expérience et conscience, entre expérience et communcation.







Lorsqu'il y a non-congruence entre l'expérience et la conscience, on parle d'attitude défensive ou de refus de conscience.

Lorsque la non-congruence est entre la conscience et la communication, on parle de duplicité ou de tromperie.

Il est à noter que le degré de congruence ne peut être évalué par le sujet lui-même sur le moment, mais il a la capacité de la reconnaître ensuite.



La convergence  de plus en plus grande,
- de l'expérience,
- de la conscience et
- de la communication d'un individu,
entraine un bien-être mutuel, pour lui et son interlocuteur : 

la communication réciproque sera plus congruente
la compréhension mutuelle de la communication plus exacte
l'ajustement mutuel psychologique accru.










B. Communiquer... oui mais comment ?




Le mot communication est utilisé dans la vie courante à tort et à travers : les médias sont outils de transmission de l'information et non des moyens de communication !

La circulation de l'information n'est pas la communication !
C'est même souvent la négation de la communication : on fait mine de croire qu'il suffit de dire  n'importe quoi, n'importe comment, n'importe quand, pour avoir communiqué !



S'exprimer est moins que transmettre, qui est moins que communiquer !
Transmettre n'est pas communiquer mais nécessite de s'exprimer !

Une communication peut être,  dans une première approche très approximative, considérée comme une transmission bilatérale.





I. Les langages de transmission


« L'homme sans paroles n'est pas un homme naturel,
 tant le langage infiltre toute situation humaine. »

Boris CYRULNIK


Tout langage est porteur d'une signification repérable aux inflexions de la voix, au regard, aux attitudes corporelles, au climat affectif du lien établi ; tout langage - même dément - peut être décodé, compris, et être vecteur d'une réponse.





1.Le verbe


- Nous pouvons adopter trois attitudes dans nos conversations :

1. accueillir
2. rejeter
3. relier et amplifier 

ce qui nous est dit.

Nous nous devons de créer des relations d'apposition, c'est-à-dire mettre l'un à côté de l'autre, et non d'opposition ou de confrontation, qui sont très « énergétivores ».





- Quatre démarches sont présentes dans toute communication :

1. dire

Au moyen de l'expression verbale, c'est parler de moi à l'autre

- de ma perception,
- de mon ressenti,
- de mes expériences,
- de mes désirs.


Il m'est possible de dire au moyen de plusieurs registres, qui réclament d'être tous reconnus et différenciés pour une bonne communication.

- Cela peut se situer au niveau des faits : c'est le registre anecdotique.

- Ou bien ce sera au niveau des sensations et des sentiments ; il y a en général beaucoup de frustrations relationnelles dans ce domaine, car la zone des réactions affectives est toujours sensible et propre à chacun.

- Il y a aussi le niveau de la pensée et des idées.
 
- au niveau du retentissement, je perçois un écho de mon vécu.

- enfin, celui de l'imaginaire a besoin spécifique : l'exigence d'être entendu !




2. Ne pas dire

- C'est pouvoir baliser mon territoire,

- C'est choisir - et non être contraint de choisir - les limites pour éviter une certaine pollution relationnelle ou respecter l'autre qui n'est pas en état d'entendre,

- C'est une autorégulation de la communication qui permet à chacun de sauvegarder des zones d'intimité.








3. Écouter

Pour écouter, il me faut taire ma réaction, principal obstacle à mon écoute.

C'est accueillir le contenu de la parole de l'autre - sans porter de jugement - en tentant de comprendre et d'entrer dans le système de défense de l'autre...

C'est lui permettre de se dire et de s'entendre lui-même dans l'écho que je lui redonne.





4. Entendre


Pouvoir rejoindre l'autre dans son vécu, en accueillant et recevant ses divers langages.

Être disponible pour reconnaitre le registre dans lequel il s'exprime dans le moment présent et ne pas l'y enfermer.





2. Le langage du corps




Notre corps est le médiateur de toute relation à autrui !  En effet, nous communiquons toujours et à travers une certaine façade.

L'apparaître corporel est un véritable langage que nous comprenons immédiatement.

Notre corps est l'expression de notre vie psychique pour les autres : c'est l'aspect de notre vie psychique et vulnérable.

Nous savons bien combien une certaine apparence peut bloquer la communication ou au contraire la faciliter : le temps d'une seconde, et déjà l'autre nous parait sympathique ou au contraire antipathique...

Notre corps est le lieu du déchiffrement social et individuel.

Premier élément de la relation, notre corps, par ses attitudes et ses gestes, nous définit pour autrui.

Mais il y a une différence entre la perception de notre corps par autrui et la nôtre, car bien souvent, nous sommes un miroir déformant pour nous-même. Ce décalage fait alors écran à la communication.

Une communication vraie nécessite que l'on oublie son corps

 pour être en prise sur le monde,

tout en l'utilisant pour confirmer notre parole !




Le langage courant est émaillé d'expressions,  propres à nous rappeler ce langage du corps :

  • - le visage : crispé, figé, lointain, en colère, joyeux...

- Les yeux : battus, charmeurs, larmoyants...
- le regard : compréhensif, attentif, dur, hautain, scrutateur, perdu...

- le nez : pincé, insolent, de partout, les narines vibrantes...

- la bouche : dédaigneuse...

- les lèvres : pincées, cruelles...
- Le sourire : satisfait, content...
- le rire : nerveux, moqueur...

  • - les mains : ouvertes, paisibles, tendues, croisées, dures, sèches, glaciales, tordues...
- les doigts : pointés, cinglants, accusateurs...

  • - les gestes : brusques, hostiles, de dénégation, repoussants, obscènes, gracieux, doux...

  • Les réactions physiologiques : rougeur, pâleur, pleurs, sueurs, tremblements, agitation, battements de cœur, syncope, malaises, nausées...
- La respiration : haletante, oppressée, bloquée, accélérée...





3. L'infraverbal



La communication infraverbale sera tout ce que l'on développe à partir de signaux multiples - émis hors langage, et qui s'expriment comme toile de fond pendant l'échange verbal.

Beaucoup de blocages et de non-écoute vont se créer à partir de ces signaux, qui seront pour la plupart non-intentionnels.




Communiquer avec plénitude semble être une des quêtes des plus anciennes et des plus utopiques chez l'homme - dans le sens où chacun veut être entendu là où il est, et reçu dans cette dimension unique qui est la sienne. Faire partager à l'autre justement ce qu'il y a d'original et d'exceptionnel, d'unique en nous !




Nous voulons faire passer nos messages avec toute la richesse
de nos émotions,
de nos croyances,
de notre vécu,
de nos anticipations,
et souvent
- la pauvreté de nos mots,
- l'indigence de notre vocabulaire, de nos moyens sonores et visuels,
- le parasitage de l'environnement
vont limiter nos aspirations et brouiller nos intentions les plus stimulantes...



Combien de sourires, de gestes inachevés, de regards perdus, de mouvements du corps vont être ainsi, détournés, limités, oubliés... dans une rencontre ou un échange possible...

Tous les signaux et leur décodage vont être liés à la dynamique de la situation et aussi à notre propre histoire.




Nous prenons rarement conscience que l'ensemble de nos besoins existenciels est présent dans toute tentative de communication :

- besoin de sécurité,
- besoin de reconnaissance,
- besoin d'affirmation,
- besoin  d'espérance,
- besoin d'existence.

Ce sont ces besoins que disent les signes infra-verbaux et ils vont s'imposer, voire dominer le registre verbal !


À la violence d'un discours sourd et aveugle, va répondre parfois la violence d'une attente non-dite, mais exprimée à profusion dans les registres infra-verbaux.





II. Transmission et feedback et résistances



Nous l'avons vu, une relation de communication peut être,  dans une première approche très approximative, considérée comme une transmission bilatérale.



Cette transmission court le risque d'être polluée, parasitée, déformée voire coupée : il y a déperdition !

Pour améliorer la transmission, il faut se préocccuper
- du quoi et
- du comment,
- de ce qui est dit - le contenu -  et
-  de la manière dont cela est dit (regroupement des paramètres du corps, voix, gestuelle, regard, mimique...) : ce sont les fonctions de la communication.











Ces fonctions sont importantes à connaître et à reconnaître dans l'accompagnement de la fin de la vie, afin de pouvoir mieux décoder les messages, très souvent émis en langage symbolique, et de répondre de façon claire.




- la fonction expressive qui va être centrée sur l'émetteur du message et lui permet de
communiquer ses émotions,
ses réactions et
ses jugements de valeur.


Les indices de reconnaissance seront à l'oral :
les intonations
le débit
le rythme
les gestes
la mimique



- la fonction conative, centrée sur le destinataire, permet de l'impliquer et de l'interpeler.
La deuxième personne du singulier ou du pluriel sera utilisé, comme l'impératif ou des questions directes.




- la fonction référentielle renvoie le destinataire du message au référent. Elle est centré sur le référent et correspond aux informations objectives transmises. L'indice de reconnaissance de cette fonction se voit à l'emploi de la troisième personne il (s), elle(s) et du pronom neutre ça, cela.



- la fonction phatique permet l'établissement du contact physique et perceptif du destinataire.

À l'oral, on utilise des sons, des mots vides de sens - ouais, euh... hein... pour conserver le contact.

À l'écrit, on utilise diverse techniques mise en page et mise en forme.




- la fonction métalinguistique est centrée sur le code et permet de définir, d'expliquer un mot avec d'autres mots, donc de jouer le rôle du dictionnaire.

À l'oral comme à l'écrit, cette fonction apparaît souvent après c'est-à-dire.




- la fonction poétique est centrée sur le message lui-même et permet d'en faire l'objet de plaisir esthétique.

Ce sera le choix inhabituel des termes et de leur combinaison ainsi que les les écarts stylistiques.










Nous l'avons vu, une relation de communication peut être,  dans une première approche très approximative, considérée comme une transmission bilatérale.


Dans chaque transmission, entre la source « Émetteur » et le puits « Récepteur » il y a toujours déperdition du message, bruits et parasitages dans le cadre du relais.









Entre l'émetteur et le relais se passent plusieurs phénomènes de freinages dûs à des obstacles :


1. les obstacles techniques à la communication sont liés à :

- l'absence (les us et les coutumes : ce n'est pas l'habitude !)

- l'impossibilité (affaire longue nécessitant un long échange de courrier)

- la mauvaise qualité du feed-back (décalage dans le temps ou bruit dans le canal de transmission)


2. Les obstacles psychologiques peuvent provenir :

- d'une difficulté du codage-décodage
- d'une distorsion systématique de l'émetteur devant les questions du   récepteur








Un des plus grands facteurs de blocages et d'empêchement à la communication mutuelle interpersonnelle est notre tendance  à
- juger
- évaluer
- à approuver ou à désapprouver

les dires de l'autre personne ou de l'autre groupe selon notre point de vue ou notre propre cadre de référence.





La tendance à porter des jugements de valeur est courante dans presque tous les échanges verbaux, mais elles s'intensifie dans les situations lourdement chargées affectivement ou émotionnellement.


Plus les sentiments sont forts, plus il est probable qu'il n' y aura pas d'échanges réels dans la communication : il y aura deux idées, sentiments ou jugements qui ne se joindront pas dans le champ psychologique.



Une réelle communication s'établit et la tendance à juger est évitée lorsque nous avons une écoute de compréhension, c'est-à-dire :
 
- percevoir l'idée et l'attitude exprimées du point de vue de l'autre personne,
- sentir comme elles agissent sur sa sensibilité,
- assimiler son cadre de référence à l'égard de la chose dont il parle...


C'est ce que l'on appelle la compréhension emphatique, c'est dire avec la personne et non dire à son sujet.







Cette approche amène des changements majeurs dans les personnalités.

Cette procédure peut être appliquée par l'une des parties

sans attendre que l'autre soit prête.


Elle peut faire face à tous les manques de sincérité défensifs,

caractéristiques de l'échec dans la communication et

conduit régulièrement et rapidement

à la découverte réaliste des obstacles à la communication !



La communication réciproque tend à résoudre les problèmes plutôt qu'à attaquer une personne ou un groupe : le problème apparait à l'un  de la même façon qu'il apparaît à  l'autre.
Il sera donc abordé intelligemment pour être résolu, ou bien s'il est insoluble, il sera accepté comme tel !















C. L'écoute





I. S'écouter soi-même



Il ne peut y avoir de vraie écoute de l'autre sans auto-écoute.

L'auto-écoute est une certaine manière d'être, un savoir-être, c'est-à-dire une implication personnelle avec toute notre intelligence, notre perception, notre sensibilité...



C'est faire la rencontre avec nous-même !
C'est être davantage soi-même pour ne pas s'induire à être autre chose...


Toute démarche de changement pour améliorer ma communication à autrui va introduire une interrogation sur ma relation à moi-même.

Dans ce questionnement, la première étape, jamais terminée, consistera à reconnaître ce que j'éprouve, ce que je ressens au moment où je le vis !

Plaisir, déplaisir, tristesse ou joie, colère, bonheur, amour ou désespoir ?

Mes émotions se mélangent et s'entremêlent pour dérouter mes perceptions, d'autant que j'ai appris, comme tout le monde, à cacher et censurer mes sentiments...




Être au plus près possible de mes sentiments réels, être à l'écoute des émotions qui circulent en moi, cela va me demander beaucoup d'attention et de vigilance.

Mais reconnaître mes sentiments réels, c'est retrouver un état de congruence qui va me confirmer ma fiabilité.
C'est aussi me donner les moyens d'être plus cohérent dans mes conduites vis-à-vis d'autrui.







II. L'écoute de l'autre



Le soignant doit retrouver les moyens
- d'entendre
- de comprendre et
- de répondre
à chaque individu !

Il s'agit de trouver le temps de contact, du temps pour une parole entre les interlocuteurs du couple soigné-soignant.


Lorsque le temps de la relation est là, alors vient la découverte de l'urgence d'apprendre à écouter :
accepter les mots
- qui blessent,
- ceux de l'angoisse,
- du chagrin,
- de la déception,
- des reproches injustifiés parfois...

Mais aussi apprendre à accueillir et à satisfaire, tout en la contenant, la demande affective de ces vieux souvent si dénutris en amour !

Le soignant écoute toujours avec sa propre histoire... c'est pourquoi, parfois, il n'entend pas.


Il rencontre aussi une difficulté psychologique à cause de sa propre subjectivité : il doit comprendre la personne âgée dans sa situation à elle et se méfier de toute projection.

Il doit garder la bonne distance psychologique pour éviter une identification fusionnelle ; l'équipe,  (ou le reste de la famille) autour de lui joue alors un rôle régulateur important.


L'écoute est et reste une ouverture par rapport à l'autre : c'est résonner et non pas raisonner !

Tout difficile qu'il soit,

l'apprentissage de l'écoute est un axe majeur de

la formation professionnelle ou bénévole.





III. La relation soignant-soigné



La relation soignant-soigné suppose  deux personnes et une demande explicite, formulée ou latente.

Chaque relation est unique.

La relation est inter-subjective, c'est-à-dire qui fait intervenir deux personnalités : la relation n'est pas une communion, encore moins une fusion !

Toute relation suppose que le soignant reconnaisse son partenaire - le sujet âgé - comme différent, ayant des idées et des sentiments personnels, mais non radicalement étranger.


Il doit rester intelligible et familier ;
 c'est un autre lui-même, mais pas un reflet de lui-même !  

J. GUILLAUMIN


La relation est un échange, une réciprocité sur la base de la reconnaissance de l'autre comme Personne humaine.







Les conditions pour que la relation ait une valeur soignante  passent par :

- la conscience de soi
la nécessité d'avoir du temps d'analyse de pratique professionnelle s'impose pour trouver la bonne distance et bénéficier de l'aide de l'équipe.


- l'ouverture à l'autre
c'est-à-dire l'écoute. C'est une forme de présence qui implique la nécessité de distance afin de pouvoir

- saisir le manifeste - le dit
- mais aussi le ressenti - le latent
avec les silences, tout ceci dans une attitude d'empathie et de sympathie.


- la reconnaissance des difficultés de l'écoute,
qu'elles soient matérielles, intellectuelles ou bien psychologiques (projection de ses problèmes, identification fusionnelle ou relation transférentielle)


- l'observation du cadre et la perception globale de l'autre : langage verbal, non verbal, atmosphère, attention à soi...


- la compréhension de la dynamique de la relation, qui doit évoluer dans le sens de la progression de la relation, au bénéfice de la personne, dans une attitude fondamentale d'aide.













D. Construire une relation vivante !




I. Redonner du sens à ce qui est vécu




À tous les niveaux, pour le soignant, la solution des solutions, c'est de parvenir à défendre sa capacité de penser, c'est-à-dire pouvoir faire entrer ce que l'on observe, ce que l'on ressent dans des explications possibles, dans une logique pour avoir le sentiment de le subir de façon injuste, sans rien y comprendre.
Pr. PLOTON


Il ne faut pas oublier de prendre en compte cette difficulté à penser quand on est en situation de soin, parce que la situation du soin en gériatrie recèle cette constance, qui est l'évacuation du sens, source de la souffrance la plus grande.



Avoir une logique, c'est permettre de défendre sa capacité de penser et pour cela, il faut disposer des théories.


Jusqu'à preuve du contraire, la science procède comme cela :
  • disposer de théories pour parvenir à des explications afin d'avoir le fil conducteur qui permette de prendre des décisions
    • autrement que sur le mode arbitraire,
    • autrement que sur le mode de la fantaisie,
  • disposer de théories pour faire des choix, au terme d'un raisonnement, ce qui permet de redevenir un professionnel, considéré comme tel par soi-même et par ses interlocuteurs.

Le professionnel est quelqu'un qui ne fait pas ses choix au petit bonheur.

Il est sensé avoir la capacité de résoudre les difficultés, en fonction d'éléments théoriques ou en tous cas d'éléments rationnels, pour pouvoir prendre en compte même l'irrationnel.





II.  Retrouver le sens d'une vraie relation humaine



La vieillesse n'est pas une maladie !


Cela est normal et propre à l'Être humain.

Quelqu'un de très âgé est quelqu'un qui a vécu, certes, mais aussi, survécu à de nombreuses pertes et deuils et cela signe ses ressources ; il a été capable de surmonter toutes ses pertes.


Ainsi, il n'est pas possible de faire l'impasse de l'histoire du parcours de vie d'un patient très âgé !


La spécificité du soin aux personnes âgées réside dans le constat de la non-possibilité de guérison. Cependant le soin aux personnes âgées ne se situe pas non plus dans le soin palliatif.

Si le soin à la personne âgée ne peut pas être uniquement curatif,

s'il n'est pas uniquement palliatif,

où se situe-t-il ?






Il  est un  soin d'attention,

c'est-à-dire que le soignant est attentif à tout ce qui se passe.

C'est un soin de vie, avec tout ce qui constitue la vie chez le soignant et le soigné !


Les gens âgés ne font pas l'impasse sur leur mort. Ils ont cette connaissance de leur mort qui s'inscrit dans un futur proche et les soignants, eux, ne peuvent ni ne doivent l'ignorer.

La spécificité de l'action des équipes soignantes de gériatrie réside dans le don d'un soin différent : c'est un soin dans la durée, avec une implication autre que professionnelle, c'est-à-dire une construction de la relation personnelle, sur une base de confiance.




Le personnel soignant a un effort à faire pour se situer et s'adapter au (dans) le temps des personnes âgées, car les gens très âgés vivent dans un temps différent du leur.

Le projet de vie s'inscrit différemment et le soignant a de la difficulté à vivre le temps présent (par exemple, la toilette est un temps unique, ici et maintenant...)

Le soignant doit faire un effort d'adaptation et être là où la personne se trouve.


La spécificité des soins aux personnes âgées
nous contraint, nous fait sortir de schémas de soins de réparations et de sauvetage !


Il faut être et rester conscient de cela pour éviter l'usure des soignants, le burn out.



Tout soignant, parce qu'il a choisi d'être soignant, veut soigner, et soigner bien ! Mais dans la réalité de tous les jours, le comportement des soignants pose question :

- agressivité,
- violence verbale,
- surdité aux demandes non verbalisées,
- fuite...

Pourquoi ?

Nous sommes en échec parce que nous sommes dans un cercle vicieux : nous avons des actions inadaptées qui sont agressantes pour nous et inductives de comportements en retour.

La toute-puissance du soignant est prise en défaut : les gens âgés ont des pertes énormes et ils vivent, tandis que nous, nous essayons d'empêcher cette dégradation...

Nous perdons nos schémas sécurisants et nous sommes renvoyés à nos propres peurs.

Le premier travail à faire est sur nous et sur l'ensemble de l'équipe.

Il faut travailler sur la perte de l'idéal soignant avec l'équipe, et la mise en place de la démarche de soin sert à cela : les équipes transportent des monceaux de culpabilité, qu'il leur faut éliminer pour devenir efficients et efficaces dans le travail.

Il faudrait pouvoir autoriser les équipes à dire que cela est trop difficile ! La notion de relai est à retrouver, car cela ne va pas de soi de soigner une personne âgée.

Dans la démarche de soin, il y a une obligation de consensus de l'équipe : partenariat obligatoire d'abord avec les vieux, puis les familles, les personnels, les intervenants extérieurs... C'est la pluridisciplinarité obligatoire !


La négociation doit être associée au partenariat :

il est impossible de soigner un « vieux »

sans que lui ait dit ce qu'il en pense,

sinon il y a agression !







La démarche de soin est une offre de soin : il n'est pas possible, d'un point de vue éthique, de soigner quelqu'un qui ne le demande pas, ou alors soignons-nous nos propres demandes ??


Les soins aux très âgés doivent être excellents, très pointus, parce que les vieux n'ont pas droit à l'erreur...

Mais n'oublions pas que c'est ce que nous engageons de nous qui va leur permettre de vivre,et non ce que nous savons sur eux !



La démarche de soins est un outil légal qui réintroduit la personne au centre, donc un outil de qualité de vie ! C'est un processus dynamique, logique et continu.


C'est une méthode de travail visant à promouvoir :

- une prise en charge totale, ou mieux offre de soins

- l'adéquation la plus juste entre les demandes, les aspirations, les désirs, les besoins du client et nos offres de soins

- la personnalisation des soins

- une continuité dans les soins donnés, c'est-à-dire une prise en compte permanente, par tous les intervenants appelés à s'occuper d'un même client, de tous les éléments intervenants dans son bien-être

- une autre manière de communiquer entre soignant et client

Elle permet d'éviter des pertes d'énergie dues à des méthodes de mise en œuvre contradictoires et permet la recherche du pourquoi de certaines situations.

Mais elle présente le risque d'être enfermante, s'il l'on perd de vue la référence à la conception du soin, telle qu'elle a été définie plus haut.

La démarche de soin (ou processus de soin pour les anglo-saxons) s'apparente à la démarche de résolution de problèmes. C'est un processus dynamique, car il nous oblige à réfléchir avant d'agir !





La vieillesse  n'est pas une maladie

(au sens pathologique du terme) et

la Vieillesse est toujours capable 

de gérer son quotidien selon son choix !




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Deborah-Esther LIEBER


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