La mort intégrée dans la vie






Ce chapitre - étant très long et important -  bénéficie d'un index !

1. Faire du mourir un acte du vivre

2. Faire du mourir un projet

3. Le mourir, un espace de croissance !

1. Accompagner et être accompagné
2. Reconnaître et traiter les souffrances
3. La non-information, source de rumeurs mortifères

4. Savoir utiliser les outils

1. La mise en mots... pour éviter des maux
2. La régulation des groupes
3. La relation professionnelle positive et la résolution des conflits
4. La formation









1. Faire du mourir un acte du vivre



Redécouvrir que mourir est un verbe actif et que la façon de se comporter, d'être et de faire, dans les derniers jours, peut être déterminante pour une vie entière, celle de l'individu, mais aussi celles de son entourage...



Les modes de vie ont changé et la mort s'est transformée ; autrefois une bonne partie des gens savaient qu'ils allaient mourir, ils en parlaient et on les écoutait.

Or maintenant, on craint de parler de leur mort aux mourants, comme d'ailleurs aux bien-portants ! Non seulement, on ne parle pas de la mort, mais on ne veut pas que celui qui va mourir - et qui le sait ! le dise...



Lorsque quelqu'un dit tout simplement :
« Je vais mourir ! »,
chacun de nous est tenté de dire ...ou a peut-être même répondu :
 « Mais non  ! Voyons, ne dîtes pas de bêtises... »


C'est la première réaction à surmonter pour entendre la suite.


Beaucoup d'individus, lorsqu'ils commencent à penser qu'ils sont mortels et se sentent menacés, souhaitent pouvoir en parler à quelqu'un et c'est un privilège de pouvoir dire alors ce que l'on souhaite pour soi.



Le langage utilisé par les hommes est souvent très imagé :

- les carottes sont cuites...
- les termites sont dans la barraque...
- refermer la livre...
- ma valise est prête...





Savoir que l'on peut mourir, que l'on va mourir, entraîne un autre regard sur les choses et augmente la densité de la vie.



Une dame atteinte d'une très grave maladie disait :
« Quand in traverse une telle épreuve, cela change tout !
Chaque jour est neuf et il faut bien l'employer...
Je vis au jour le jour, mais rien  n'est banal...»




C'est ainsi qu'au jour le jour, à petits pas,
-  on parle de la mort et de la vie,
- on parle du présent, du passé,
- de ce que l'on croit,
- on parle du message de ce que l'on veut laisser aux siens
  et de soi-même

et l'on fait de mourir un projet,

c'est -à-dire que l'on exprime ce que l'on souhaite faire, voir, dire pour sa mort et avant de mourir et aussi comment on souhaite se comporter.








2. Faire du mourir un projet



Jusqu'au bout, l'individu est une personne, la même au fil du temps, rattachée à son passée, toujours en devenir.


Elle existe et réagit pour mourir avec toute sa personnalité sur tous les plans :
-  physique,
- physiologique,
- psychologique,
- spirituel et
- social.



Chacun a ou peut avoir des idées sur la manière dont il veut mourir et cela doit être entendu et respecté !


1. le plan physique recouvre celui de l'apparence, les vêtements (par exemple la robe bleue que ma fille m'a donnée, c'est celle-là que je veux porter...) la coiffure, la parure

2.le plan physiologique, celui du fonctionnement du corps et la principale demande est de ne pas souffrir. Cela peut-être aussi de manger un certain mets ou boire quelque chose de spécial, ou tout simplement mourir debout...

3. le plan psychologique, c'est celui de sentiments.
Du premier souffle au dernier souffle, chacun de nous a besoin d'aimer et d'être aimé.

Alors quand on va mourir, c'est dans l'environnement familial que l'on désire être, avoir une présence, tenir la main de quelqu'un avec qui on se sent libre de pouvoir exprimer son ressenti du moment.

Le geste de tenir la main est un geste d'enfant : beaucoup de personnes - même très âgées, appellent leur mère au moment de leur agonie...

La main n'est pas forcément la main d'une personne de la famille, mais c'est une présence amie...

4. le plan spirituel : pour celui qui va mourir, la recherche du sens de la  vie est très importante, particulièrement chez le sujet âgé.

C'est l'heure des bilans, besoin très fortement ressenti chez celui qui a eu une longue vie et que l'on peut facilement aider en parlant du passé.

C'est le moment
- du tri,
- de la réconciliation avec soi-même et
- de faire une phase ultime de la maturation humaine.


Les ministres du culte apportent ce sens à la vie et doivent être présents en fin de vie ; or avec de « bonnes intentions », il existe souvent des barrages à leur ministère...

Certains mourants souhaitent transmettre une idée à leur descendants, un message, quelques fois un libellé de l'annonce de leur propre décès...

5. le plan social : pouvoir vivre sa mort dépend beaucoup des autres !

On ne meurt jamais seul, contrairement à ce que l'on croit !

L'être humain est un être social. Le pas dans l'Au-delà est fait par une personne et les autres restent sur la rive... Mais au travers des souhaits réalisés on non, nous voyons tous les autres concernés,
famille,
proches,
amis,
personnel,
ministres du culte,
institution...

On peut mourir abandonné par contre, c'est-à-dire, nié, non-entendu...



C'est seulement avec les autres et par les autres que l'être humain peut croître dans son humanité et devenir un homme responsable.

C'est identique tout au long de sa vie, pourquoi en serait-il autrement à son terme de vie ?



Le personnel soignant, d'après les textes officiels, est reconnu comme le

 médiateur de l'assistance aux mourants,

chargé non seulement de la prise en charge des soins du corps, mais encore du soutien moral des patients, et le texte européen ajoute, « ...ainsi que de leur famille. »

 Soigner n'est-ce pas prendre soin ?


Parce que nous devons mourir, nous sommes tous concernés :

« Alors, osons parler du mourir,

osons écouter parler de la mort :

c'est déjà l'apprivoiser et

 c'est faire de mourir un projet pour les autres et pour nous. »

Christianne JOMAIN








 

3. Le mourir, un espace de croissance !




1. Accompagner et être accompagné


  • Accompagner l'autre vers la mort, c'est accepter la souffrance à le quitter, c'est accepter de vivre avec lui jusqu'au bout !

Ce n'est pas mourir avec lui, mais c'est accepter en vivant cela, de ne pas rester identique, de s'élargir  même dans son expérience personnelle et humaine.

L'abandonner trop vite est destructeur, à la fois pour le mourant et pour l'accompagnant, car essayer d'échapper à la souffrance en se préservant, ou l'atténuer trop vite en s'éloignant du mourant, c'est se priver de cette occasion de maturation personnelle, c'est bloquer en soi, un processus dynamique.



  • Accompagner, c'est aussi être présent au travail de deuil pour qu'il se déroule dans de meilleures conditions et soutenir l'entourage après la mort.

En fait, se préoccuper de la mort et des mourants, y être présent, c'est exactement le contraire de la préoccupation morbide, c'est au contraire redonner un sens personnel à la vie ; mais le poids des condionnements personnels et collectifs est encore lourd sur nos épaules et nous ne pouvons y parvenir tout seuls.

Il est donc important que tous les acteurs de l'Institution aient une démarche solidaire de soutien, d'échange et de réflexion ; la mort et la vie élargiront alors notre « humanitude ».



  • L'accompagnement des mourants représente un travail d'équipe à faire et à dire ensemble, parce qu'aucun d'entre nous ne pourrait l'assumer seul, ni techniquement, ni psychologiquement.

Nous sommes tous nécessaires et pourtant si différents dans notre savoir, notre statut, et notre rôle dans une équipe !



  • Autoriser une parole sur la mort, au sein des établissements est une des premières fonctions de l'encadrement médical et administratif.
Dans la pratique gériatrique,
- le temps pour la vie  à part entière,
- le temps pour la mort et
- le temps pour le deuil
sont en règle générale télescopés.

Il revient à la direction des établissements de rétablir ces trois temps.




  •  Le travail d'accompagnement des mourants s'avère indispensable en gériatrie, car il permet
- de mettre la mort à sa juste place, c'est-à-dire au chevet des mourants et
- de réinvestir alors d'une façon plus authentique et moins défensive, toute la vie qui demeure dans l'Institution.


La mise en place d'une démarche d'accompagnement des mourants appelle tout naturellement, la réintroduction de la pratique de deuil :

- le décès est annoncé (en respectant les formes...)
- Les funérailles sont accomplies (en tenant compte des us et des coutumes...)
- le lit du disparu reste libre quelques jours avant d'accueillir un nouvel entrant...
- on évoque sa mémoire entre soignants
- mais également avec d'autres vieillards qui l'ont connu !


Comment pourrions-nous faire comme si rien n'était ?

Comment pourrions-nous tolérer ces disparitions successives que nous savons d'avance, inéluctables, tôt ou tard, si nous ne retrouvions pas les manisfestations du deuil

« qui permettent à la communauté des vivants,
de se ressaisir après la disparion de l'un de ses représentant ? »

Dr SEBAG-LANOÉ




2. Reconnaître et traiter les souffrances




Il existe trois « souffrances » qui nécessitent chacune un traitement propre avec des méthodes, des temps et des lieux différents :

- la souffrance du mourant, qu'il faut soulager sur un plan physique mais aussi moral chaque fois que cela est nécessaire

- la souffrance des familles, intense, ambivalente, entachée d'angoisse et de culpabilité et pourvoyeuse d'agressivité et de conflit avec le personnel.

- la souffrance des soignants eux-mêmes, qui souffrent devant l'inéluctable arrivée de la mort et devant la vie qui s'éteint dans la douleur.



Le meilleur lieu pour mourir, quel est-il ?  Je ne sais...

J'imagine pour moi-même et pour mes proches, jeunes, adultes ou âgés, que ce soit

- un lieu où les relations soient établies, puissent normalement se poursuivre,
- un lieu où les besoins essentiels, physiques, affectifs et spirituels soient pris en compte avec l'importance que le mourant lui-même leur donne.

Le mieux, semble-t-il, est bien que ce soit le domicile, mais aussi
- le lieu où l'on a vécu ses dernières années, ses derniers mois, ses dernières semaines,
- un lieu dont on connaît déjà les soignants,  où va pouvoir se poursuivre la relation établie. P
r R. SCHAERRER




Mais comment équiper les soignants pour qu'ils puissent aider le mourant à l'approche de la mort, à anticiper celle-ci par un travail de deuil et à désinvestir le monde en vue d'une mort paisible ? En les accompagnant !

C'est conduire et partager.

C'est un processus et non un état, un chemin de partage,
fait par des humains
diversement chargés, armés ensemble...  
M. LIBOREL




3. La non-information, source de rumeurs mortifères



Les managers et les managés s'accordent sur l'intérêt de bien communiquer ; pourtant on  peut noter une résistance à celle-ci.

Les managers hésitent à en dire trop par peur des revendications ; la communication est souvent réduite à une transmission d'information tout en gardant l'information décisive.

Du côté des managés, si l'on revendique cette information qu'on ne donne donne pas, on craint trop souvent une récupération.


Tout cela fait que les informations non-opérationnelles, c'est-à-dire originales ou intéressantes, circulent mal. Par manque de retour, elles se déforment vite, prennent un caractère important, secret à ne pas dire que sous le manteau et réservée à quelques privilégiés ou initiés.


La non-information des gens créent l'anxiété qui la rumeur laquelle vient combler le vide informationnel et expliquer ce que l'on ne comprend pas. La rumeur nait et s'amplifie et ce système humain au lieu d'être sainement occupé tourne à vide.


La rumeur est en bruit, des nouvelles qui se répandent dans un corps social.
Le bruit circule en boucle et revient :

« puisque plusieurs personnes m'en ont parlé, c'est donc vrai...»
« car il n'y a pas de fumée sans feu !»




Très souvent à la source, lorsqu'il est possible d'y remonter, il y a un fait, une parole, une information, qui présente une zone de flou et c'est dans le flou que va naître la rumeur.

Quelque chose est entré en résonance avec un affect latent et trouve un écho collectif : la cristallisation en est rapide.

Ne dit-on pas : « Le bruit s'en est répandu comme une traînée de poudre ! »


La rumeur est un signe de mauvais état psycho-social de l'organisation.

Aussi, ne faut-il pas traiter légèrement la rumeur, aussi délirante soit-elle, car elle révèle l'existence d'une crainte ou d'une angoisse dont elle est l'expression.

Les fantasmes collectifs traduisent le climat anxiogène de la sructure.









4. Savoir utiliser les outils



Dans le cadre des relations humaines, nous constatons aujourd'hui deux phénomènes apparemment opposés mais certainement complémentaires :

- D'un côté, il y a une incommunicabilité de plus en plus grande entre les individus (communication proche intime, vitale).
Autour de cette incommunicabilité, de cette difficulté à se dire, à être entendu, à recevoir, il y a une immense détresse, une infinie souffrance assimilée à la négation ou à la dévalorisation de soi, qui conduit à la solitude.

- De l'autre côté, il y a un intérêt, une recherche de plus en plus exigeante pour tenter de mieux se connaître, de mieux vivre avec soi et avec autrui ; et c'est

la seule aventure qu'il nous reste, celles des relations humaines, avec la découverte de nos possibles et de nos impossibles...
J. SALOME





1. La mise en mots... pour éviter des maux


Élément structurant de la personnalité, le langage est un élément constituant de la santé.


Celui qui parle  veut être entendu dans le niveau où il s'exprime - verbal, non verbal, émotionnel - mais il veut aussi avoir la possibilité de s'exprimer dans les trois registres essentiels de la communication :
- le réaliste
- l'imaginaire
- le symbolique.



Si la communication avec autrui est vitale pour chacun, la communication avec soi-même reste essentielle.

Il s'agit d'écouter les répercussions de notre histoire récente ou passée, sur notre corps et sur notre imaginaire.
Il s'agit de sortir souvent de l'auto-privation relationnelle, affective, émotionnelle qui nous enferme et nous mutile. Les mots du silence sont aussi violents à l'égard de nous-mêmes qu'à l'égard d'autrui !


Quand on ne peut le dire avec des mots, on va le crier avec des maux...
J. SALOME


Les soignants, ou... soi-niants, quand ils ne peuvent dire leur souffrance, leur vécu avec des mots, vont forcément le crier avec des maux...

Quand les mots ne trouvent plus un chemin pour être entendus et reçus, un autre langage prend naissance... celui des maux qui se développent en maladies... mal à dire, en dysfonctionnements et en troubles organiques.

Le personnel soignant doit donc être à l'écoute de ces différents langages, car c'est pour lui-même une réelle prévention et pour les autres, une excellence du soin.




La personne émotionnellement mal adaptée est en difficulté parce que la communication avec elle-même est rompue ; en conséquence, sa faculté de communiquer avec autrui s'est détériorée. La psychothérapie permet et redonne une bonne communication à l'intérieur de l'homme et entre les hommes.

L'inverse est également vrai : une bonne communication à l'intérieur de l'homme et entre les hommes est toujours thérapeutique.


J. SALOMÉ appelle soins relationnels, l'ensemble des attitudes, des comportements et des paroles de l'accompagnant qui devraient permettre à une personne malade :

- de tenter de comprendre le sens de sa maladie dans son histoire personnelles et familiale
- de se relier à son entourage
- de clarifier sa relation au traitement et aux personnages clefs qui le prescrivent (médecins et spécialistes) de son choix
- de se ré-approprier ses choix de vie le mieux qu'elle peut.

Oui les langages du corps parlent non seulement de nos souffrances, mais aussi de nos aspirations, de tout ce qui fait l'envie de la vie.





Les maux sont les langages symboliques avec lesquels nous allons tenter de dire :

- les conflits intra et inter personnels
- les situations inachevées - et spécialement le ressentiment lié à ces situations, qui restent comme autant de blessures ouvertes dans nos corps.
- les séparations, les deuils, les pertes quand elles n'ont pas été apaisées par le travail de deuil...


La mise en mots... pour éviter des maux !


N'est-ce pas une merveilleuse devise à proclamer ? ...et bien sûr à vivre !! à moins que l'on ne choisisse :

Soigner pour éviter des maux  !

et son écho évocateur :

soi-nier pour éviter des mots ?





2. La régulation des groupes


Le premier modèle de groupe est donné par la famille telle que nous l'avons vécue.

C'est le lieu d'une relation directe et cela donne la mesure de notre attente, dans les groupes où nous nous retrouvons (fantasme).

Le mot groupe, formé à partir de la racine scandinave krup, rappelle la légende du roi Arthur et des chevaliers de la Table ronde - qui  jouissaient d'un égalité parfaite autour de la table... Cela a donné dans notre langue le mot" croupe".

Qu'est ce qui est rond dans nos fantasmes ? Eh bien ! C'est la femme !
Nous avons là le mythe de la mère nourricière (matrice) : ainsi l'aspiration très forte d'un groupe, c'est l'harmonie et la sécurité.

Lorsque cela n'est pas, la déception, le stress, l'agressivité sont tout à la mesure de cette attente !





Les relations humaines dans le groupe sont fortes et il existe une dynamique de recherche de soi pour chacun.

L'objectif commun est une fonction d'évacuation, au sens de libération et bien-être.

Mais dans la communication de ce groupe, entre en jeu toute une série de fantasmes qui conduiront à
- des violences verbales subies,
- des difficultés à dire, avec prises de bouclier et armures avant de parler !



Le point de départ d'un groupe est donc le dire :
cela est indispensable,
cela soulage,
cela rétablit - dans le sens de guérir,
cela construit
et cela fait renaitre.


Il y a en contrepartie, un risque,  un danger de toucher les limites (détruire, casser) et cela est intolérable.

Il y a le moment mais aussi la forme (voix, volume, rythme, style, tension intérieure..) pour « le dire ».



Attention à l'illusion, c'est-à-dire, croire qu'il n'y a pas de limites au dire (mythe des chevaliers de la table ronde).
Il ne faut pas penser non plus, qu'il y ait toujours dans un groupe circulation de l'information et communication : il existe à l'intérieur des groupes des réseaux, des sous-groupes, etc.

Le non-dit est présent et doit toujours être traité, non pas pour tout dire - car il y a nécessité pour chacun de garder son individualité dans le groupe, mais parce que le  non-dit est refoulé dans le champ de l'inconscient et pollue inévitablement l'infra-verbal.




Le degré d'organisation du groupe primaire (famille, stage, classe) est élevé. Dans l'institution, groupe secondaire, la différenciation des rôles et le degré d'organisation est encore plus élevé et le type de relation est d'abord fonctionnel.

Les actions sont les objectifs de l'Institution et ces actions sont planifiées, importantes ; aussi le poids des habitudes et des règles, ainsi que des hiérarchie, est en général très lourd.


Pour la bonne gestion de la dynamique des groupes, dans l'Institution, il y a lieu de repérer les formes et les enjeux qui rentrent en ligne dans
- les conflits,
- les statuts des personnes,
- les compositions des équipes (groupe, sous-groupes, grands groupes)
- les styles de communications
- la place et l'identité de chacun (valeur, vocabulaire, culture, références personnelles, logique, perception, différence de connaissance et d'expérience...)





3. La relation positive et la résolution des conflits


Le premier pas vers une relation positive dans toute relation  est l'écoute !

Nous avons tous de la difficulté à prendre de la distance par rapport à quelque chose de difficile : nous sommes des êtres d'émotions avant d'être des êtres de raison !



L'écoute peut être rendue difficile par :

- les difficultés matérielles et psychologiques
cadre, lieu, lumière, inconfort et bruit, fatigue, indisposition, temps insuffisant...

- les difficultés psycho-affectives
préoccupations personnelles, manque d'intérêt de motivaiton pour le sujet de l'autre, émotions négatives engendrés par l'autre pas d'affinité ou affinité négative, intimidation, peur...) réaction intérieure moralisante (jugement immédiat sur ce qui est dit) trop d'intérêt pour le sujet et désir incompressible de parler...

- les difficultés intellectuelles
souci de tout retenir, préparation mentale de nos questions et de nos réponses, hâte, envie de savoir la fin ou de la dire à la place de l'autre, manque de vocabulaire, délayage apparent de l'interlocuteur, volonté de tout nommer et de tout comprendre tout de suite, volonté de s'en tenir aux idées et de refouler toute dimension émotionnelle dans la relation...

On parle de soi quand on parle de l'autre, en l'accusant de confusion , de faiblesse plutôt que d'accueillir son trouble, son émotion, ce qui est la seule voie pour faire progresser la relation : c'est sa propre difficulté à sortir d'un plan uniquement intellectuel...






Dire ce que l'on ressent ou ce que l'on constate nous est souvent difficile quand c'est négatif pour l'autre. Pourtant, contrairement à ce que l'on craint,

dire est le moyen de sauvegarder ou de rétablir une relation.


De toutes façons, le silence et le non-dit parlent encore plus fort et ce langage non-verbal est facteur de malaise et de rupture dans la communication.

De même, la démagogie (dire oui ou c'est bien alors que l'on pense non ou c'est mal) ne trompe pas l'interlocuteur.

Nous employons souvent des procédés, soi-disant pour éviter des problèmes ;

ils ne peuvent que les renforcer et se révéler sources de conflits futurs.








Si le principe de base reste la mise en mots, encore faut-il bien préparer la forme de l'expression.

Comment le dire ?

1. D'abord exposer le plus objectivement possible le reproche : décrire un comportement, un fait précis et clairement définissable et surtout ne pas porter un jugement sur la personne.

2. Ensuite, énoncer les conséquences que cela entraîne pour soi, pour l'autre, pour els deux (conséquences pratiques ou émotionnelles ou les deux) . Parler au niveau du « JE » !

3. Enfin, rechercher une solution : en proposer une ou rappeler ce qui avait été demandé, chercher les causes premières et les remèdes ensemble, laisser l'autre proposer...
La solution sera d'autant mieux acceptée ou recherchée par l'autre que la personne ne se sera pas sentie attaquée ou dévalorisée.

Au début cela peut paraitre difficile et cela risque de ne pas être très naturel : il faut travail sur soi et expérimentation. Lorsque ce mode de communication sera intégré, il sera pratiqué inconsciemment et avec un parfait naturel : une habitude est acquise en trois semaines !!!





  • Un conflit, dans les relations interpersonnelles, peut s'expliquer pour le fond (et selon des proportions à évaluer dans un travail préalable) par les raisons suivantes :
- Raisons techniques : désaccord sur la méthode, les moyens pour arriver au résultat...

- Projection sur la situation actuelle d'un souvenir, : blessure ravivée, contentieux passé sur d'autres points qui n'a pas été réglé...

- Psychologiques : forte dimension personnelle préalable d'opposition entre deux personnalités ou forme de communication qui dévalorise la personne et l'atteint dans sa dignité...

- Économique : divergence des intérêts chiffrables, sentiments d'injustice : avoir, donner, prendre plus ou moins que l'autre ou d'autres...

- Sociologique ou symbolique : son groupe d'appartenance, sa catégorie qui sont rejetés ou attaqués : les jeunes, les vieux, les femmes, les ouvriers, les commerciaux...

- Institutionnel : conflits sur la règle du jeu ou son absence, ou son application arbitraire ; les modes de décision, la distribution du pouvoir, l'organigramme, la définition des postes, les flous et les rigidités dans l'organisation...

- Culturel : valeurs fondamentales des individus touchés, leur référence culturelles, leurs croyances, leur mode d'expression, leur façon d'être...

- Interprétation ou information ; malentendu prolongé venant soit d'une interprétation différente de mêmes sources d'information, soit un déficit (voulu ou non) d'information chez l'une des parties...

Le travail préalable partira d'un niveau d'expression subjective et ouvrira vers une objectivation possible du conflit.




  • L'observation de la forme permet de voir ce que le conflit produit, si l'on veut bien regarder, sur le plan non-verbal : gestes, attitudes, absences, épuisement...
C'est aussi le type de rapport engagé entre les partenaires, c'est-à-dire,
l'absence totale de communication,
le festival d'hypocrisie,
le pilonnage systématique (un contre tous...)
le comportement suicidaire (plus rien à perdre...)



Chaque point touché appelle sur le fond et la forme, un type de solution !
Le principe est de faire évoluer
un rapport de forces bloquées vers un rapport de besoin.



Ceci se fait en les repérant et en les écoutant d'abord, puis en imaginant des réponses possibles au vécu et aux besoins de l'autre ; cela demande de prendre de la distance par rapport aux siens propres - mais pas de les abandonner : la communication, c'est aussi se positionner !

C'est donc la volonté de décentration de soi pour faire évoluer l'autre, avec la perception des besoins de l'autre qui va permettre le passage
à l'acte,
à l'expérimentation,
à la négociation et
à l'évaluation avec échéance.




Les relations humaines sont porteuses d'opposition, de forces, de stratégies, de conflits.
Elles constituent aussi des frottements, de résistances qui consomment inutilement l'énergie dans l'entreprise. Les conflits assurent cependant la dynamique du système : la suppression de tous conflits signifie la mort froide mais le déchaînement incontrôlé de conflits, la mort chaude !


La communication est porteuse de solidarité, d'intégration, d'entente.





4. La formation



Face à la douleur des soignants, la formation s'avère bien un remède des plus pertinents.
Elle est un des antalgiques les plus puissants du malaise soignant par sa double fonction : - de réduction des zones d'inconnu chez nos patients d'une part,
- d'élaboration et de désintoxication des pensées inquiétantes et désespérantes qui occupent et paralysent notre esprit.
M. MYSLINSKI



Le processus de formation agit sur la souffrance soignante à trois niveaux :

1. Le premier recouvre l'information

c'est-à-dire l'acquisition de connaissances spécifiques qui sont supplémentaires aux acquis de base des différentes professions de santé. Nous bénéficions de l'avancée du savoir en médecine, en psychiatrie, en psychologie gérontologique, en sociologie du vieillissement.

Cela nous aide à préciser l'image que nous nous faisons du vieillard et permet de mettre en adéquation la représentation que nous en avons, avec sa réalité quotidienne.




2. Le second concerne l'adaptation des techniques de soin au sujet âgé (mobilisation physique du vieillard, manutention, écoute et compréhension des demandes de la personne désorientée...)

C'est l'application et l'adaptation du savoir théorique qui permet d'ajouter au confort du sujet, l'efficacité des soins et


« d'objet de travail, le vieillard devient le sujet de soins»
M. MYSLINSKI


Nous augmentons en capacité d'attention, nous gagnons en efficacité donc en satisfaction de nos sujets dont nous obtenons plus d'estime. Nous réparons nous-même notre vécu gériatrique, si souvent dévalorisé et impuissant. Second coup porté !



3. Le troisième consiste dans la recherche de moyens pour
- rejoindre l'autre
-  pour l'entendre,
- le comprendre et
- lui répondre.



Nous gagnons en justesse dans nos prises en charges, nous gagnons en plaisir de découverte de l'autre et d'être soi-même estime.

Nous découvrons la relation interpersonnelle, la qualité d'être vivant - et bon à aimer et aimant ! chez ceux qui nous terrifiaient, porteurs d'un masque de maladie mortelle !


Ce sont eux qui, en définitive, nous dispensent la formation la plus fondamentale ; ce sont nos soignés qui sont nos meilleurs soignants !

Car, témoins de leur combat pour rester dignes, de leur courage à vivre malgré la vieillesse, handicap, proximité de la fin, ces personnes âgées nous apprennent encore à vivre. Troisième coup porté !!






Michel PHILLIBERT définit une personne âgée par deux traits :

- C'est une personne qui a vécu plus longtemps que la plupart des gens qui l'entourent.

- C'est aussi une personne qui sait que le temps qu'elle peut espérer vivre encore est désormais certainement plus court que le temps qu'elle a déjà vécu.


Ces deux traits définissent en tous lieux et tous temps une personne âgée et indiquent aussi- si on veut bien y prêter attention - le rôle que doivent tenir au milieu de nous les personnes âgées.



  • D'avoir vécu plus longtemps leur donne une connaissance directe (qui échappe,t à tous les plus jeunes qui les entourent) des évènements et des évolutions qui ont préparé de loin la situation présente que vit notre pays, notre profession, notre famille, notre nation, l'humanité...

Par conséquent, elles ont la capacité, qu'elles exploitent plus ou moins, de lire dans la situation présente, à la lumière des évènements qui l'ont entraînée, les moyens et les obstacles qui permettent d'avancer vers un avenir meilleur.



  • Ayant vécu plus longtemps, elles ont aussi (mais n'en ont pas nécessairement bénéficié) la possibilité (et pour certains la capacité actuelle)
- d'avoir perdu un certain nombre de leurs illusions juvéniles et
- d'avoir rectifié un certain nombre d'erreurs qui régnaient, il y a quelques années ou plusieurs décennies, et c'est un apport à la santé, à la réflexion et aux projets de toute société que d'avoir ces ressources.



  • Dans la mesure où les personnes âgés savent que le temps qui leur reste à vivre est plus court que celui qu'elles ont déjà vécu, cela permet à certaines d'entre elles (car on peut vivre aussi étourdiment et sans y penser) de vivre et d'évaluer avec plus d'attention le moment présent, qui est le seul qui nous soit jamais certainement donné pour agir.
On rencontre des personnes âgées qui savent jouir du présent avec une intensité que l'on n'a pas toujours quand on est jeune et qu'on s'échappe vers les projets et les illusions de l'avenir, et que n'ont pas d'autres vieillards qui cherchent un refuge dans leur passé...



  • Enfin, savoir que le temps qui vous reste à vivre est plus court que celui que l'on a déjà vécu, peut conduire à la fuite ou à la panique.
Mais cela conduit un certain nombre de personnes âgées à porter un regard plus perçant sur l'avenir et sur celui des générations qui succèderont. Il est plus facile d'être débarrassé des habitudes, des contraintes, des intérêts et projets à courts terme qui mangent presque toute notre vie.




Nos sociétés se sont montrées très exigeantes quant à la qualification des personnels qui prennent soin des petits enfants dans les crèches ou jardins d'enfants, parce que ces agents sont considérés comme des substituts de mères, tantes ou cousines ; de même il devrait y avoir la même exigence des personnes qui prennent soin des grands vieillards.

La formation des personnels d'encadrement et de direction se doit d'être suffisante. Jusqu'à ces dernières années, la bonne volonté et les qualités humaines caractérisaient l'encadrement. Il n'était jusque là pas nécessaire d'avoir une formation gérontologique, d'autant que l'étude du vieillissement est une science relativement récente.










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Deborah-Esther LIEBER

    


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