Comprendre le vieillir


Vieillir est un cheminement très complexe.


C'est une suite de changements physiques, économiques, sociaux, politiques, accidentels... liés à des choix personnels, des changements que l'on subit et que l'on conduit, selon les normes de notre société et de notre propre système de valeur.




L'évolution des mentalités individuelles et collectives, les modifications actuelles de la famille et la crise économique troublent le shéma traditionnel des âges et les étapes du cycle de vie.

On entre dans la vie par paliers successifs, en ayant recours plus longtemps aux parents (études plus longues, concubinage, insécurité de l'emploi...).

Le conjoint ou les enfants des débuts de la vie familiale, ne sont pas forcément ceux de la fin...

Les incertitudes de la vie active sont les mêmes en y entrant qu'en en sortant (chomâge, mise en préretraite...)

La formation continue participe à cet effacement des rites de passages qui marquent les différents âges de la vie (enfance, éducation, vie active...) Ces rites sont remplacés par des seuils beaucoup plus individualisés (première relation sexuelle, premier appartement...)





La vieillesse est le moment où toutes les inégalités s'additionnent.


La vie professionnelle a déterminé le salaire, donc les conditions de vie.

Les inégalités d'origine sociale s'ajoutent aux inégalités de constitution de naissance.

Les femmes réunissent toutes les conditions suffisantes et nécessaires de mauvaise vieillesse : elles vivent plus longtemps que les hommes (8 années de plus en 1995), se retrouvent seules avec des ressources moindres (salaires féminins bien souvent inférieurs ou pensions de reversion) et des handicaps liés à l'âge.



Le vieillissement a des significations différentes - et les repères d'âge sont aussi différents, selon les praticiens, cliniciens, médecins, biologistes, sociologues, démographes, responsables de postes de travail - qui qualifieront d'âgés, des gens qui auront encore quarante ans à vivre !




Aspects biologiques et physiologiques du vieillissement


Dans l'Antiquité, l'espérance de vie moyenne est 25 ans.

Sous Louis XIV, elle est de 45 ans et au début du siècle dernier, elle passe à 52 ans : la plupart des femmes de cette époque n'atteignent pas la ménopause !

En 1993, l'espérance de vie de la femme françsaise est de 81,2 ans, c'est-à-dire 30 ans de gain par rapport à 1900) et l'espérance de vie des hommes est de 73 ans.




Vieillir, c'est donc accumuler des années :
c'est passer dans la catégorie (artificielle) des « ayants de l'âge ».

« Vieillir, c'est aussi devenir immigré dans le temps, faire le deuil de l'image de soi pour en investir une autre. » Geneviève LAROQUE






Quand commence le vieillissement ?


De la naissance à la puberté, c'est le temps de la croissance.

Dès qu'un être humain peut se reproduire, il a fini sa croissance et il entre en phase de décroissance : c'est le vieillissement.  Ce phénomène devient actif quand on commence à le percevoir, à s'en rendre compte.

Le vieillir fait partie du vivre !



Sur le plan physiologique, la phase de décroissance se traduit par une diminution progressive de nos possibilités d'adaptation physique et psychique : la sécurité sur les bords se retrécit !

L'adaptation au froid de l'adulte devient plus lente à 70 ans. Le système immunitaire est en baisse et la grippe devient meurtrière. L'adaptation sociale est difficilie par perte des capacités de s'adapter aux changements.




Comment vieillit-on ?


À vitesse variable :

Cela dépend des populations (par exemple, méditérannéenne ou nordique...).
Cela est différent d'un individu à l'autre et d'un organe à l'autre.



De façon différentielle
:

- liée au code génétique (espérance de vie selon les familles...)

- liée à l'absence ou au mauvais usage d'une fonction (moins on utilise ses capacités, plus elles s'amenuisent et diminuent...)

- liée à un facteur endogène généré par nous-mêmes (risque alimentaire, auto-intoxication...)

- lié à un risque exogène (pollution, climats, stress, maladies, chocs affectifs...)






Pourquoi vieillit -on  ?



Les hypothèses sont variées ; elles sont :
- génétiques,
- immunologiques,
- physiologiques ou
- hormonales...



Certes le vieillissement est d'origine plurifactorielle, mais cela peut se résumer à

la difficulté d'adaptation à l'environnement.


Il faut donc, avec l'avancée en âge, tenir compte à tout prix du cadre environnemental de la personne âgée.

Environ (seulement) 25 % des personnes âgées ont un état de handicap qui justifie une aide. Mais quelles que soient les difficultés dues à l'âge, la « mécanique humaine » est toujours capable d'accomplir ce qui a été projeté  (ceci bien sûr en dehors de l'état de maladie...)






Le vieillissement cérébral normal


L'atrophie cérébrale, c'est-à-dire, la diminution de volume et de poids par perte de neurones, associée à une baisse du taux d'un neurotransmetteur, l'acétylcholine, caractérisent le vieillissement cérébral normal.

Des recherches récentes ont démontré que cette perte de neurones permet la création de nouveaux circuits de frayages pour le passage de l'influx nerveux et de performances nouvelles possibles.
Il n'y a donc pas de fatalité biologique désastreuse !




Le vieillissement cérébral pathologique



Il aboutit aux diverses formes de démences, mais les circonstances attentatoires du cerveau qui sont fréquentes et banales, donnent au vieillissement une mauvaise qualité.

Ce sont elles qui vont précipiter les fonctions intellectuelles à la baisse.

- atteintes sensorielles (audition, vision...) : ce sont des désaffectations graves qui vont provoquer l'isolement ou l'aggraver.


- atteintes locomotrices : les handicaps physiques peuvent avoir un retentissement sur le vieillissement cérébral et aggraver aussi l'isolement.

- modifications de certains comportements sociaux : entrée en institution non voulue, par exemple...



Aspects physiologique et psychanalytique du vieillir


Vieillir est une constante du vivre quelles que soient les époques.

Le discours biologique dominant est incapable de définir la vieillesse. Il ne peut que préciser ce qu'est le processus de vieillissement qui aboutit à la mort.

Le mot « défunt » vient du latin defunctus, qui signifife « déchargé de toutes fonctions ».

Aujourd'hui, notre société, dite industrielle, n'a-t-elle pas tendance à considérer le vieillard comme déchargé de toute fonction avant même qu'il ne soit mort ?


La personne vieillissante doit s'engager dans un mouvement de déssaisissement subjectif  des rôles sociaux antérieurement tenus, sans attribution de nouvelles fonctions comportant une utilité sociale propre dont elle pourrait avoir l'exclusive, comme cela était dans les sociétés traditionnelles.

Les tâches, abandonnées à la vieillesse, sont facilement perçues comme peu utiles, sans but précis, parfois seulement tolérées, par bienveillance ou  par principes moraux.

« On peut parler d'un désétayage grave de la personne âgée par le social et cela est d'autant plus sensible et général qu'on vit aujourd'hui plus longtemps qu'autrefois. »  
J. GUILLAUMIN





  • Vieillir, disait une dame âgée, c'est la trahison du corps. Le corps n'est plus l'organe docile qui exécute des projets, il n'est plus disponible, il résiste !

L'apparaître corporel, observable dans la glace et offert au miroir de l'autre, subit de terribles modifications. Parce qu'il blesse l'être dans l'amour et la confiance qu'il avait pour lui-même, le vieillissement s'accompagne d'un dégoût du corps et incite au repli sur soi.



  • Outre la trahison sur le plan des capacités physiques, vieillir est également une blessure narcissique.
La personne qui vieillit, souffre d'un décalage entre l'image d'elle-même qu'elle a intériorisée au cours de son existence et la nouvelle image qui lui est renvoyée par le miroir et ...les autres.

Objectivement, elle voit qu'elle a changé et pourtant elle sait qu'elle est toujours la même.



  • Il y a donc de véritables périodes, plus ou moins aiguës de crises d'identité. Tout changement implique une perte d'une chose et le gain d'une autre et il est nécessaire de faire ce travail de deuil et d'assimilation.

Dans l'âge avancé, les pertes se multiplient et les atteintes multiples de l'image de soi (sociale, économique, affective, corporelle, psychique...) vont être amplifiées dans le cadre d'une institutionalisation.


  • Mais vieillir, c'est aussi l'étape de la subjectivation où la personne âgée, sujet de son vécu, va pouvoir repasser son histoire et sa vie et va devenir capable de mieux la laisser et la transmettre.
Cette entrée en subjectivation est nécessaire pour une vieillesse réussie.





La vieillesse  n'est pas une maladie

(au sens pathologique du terme) et

la Vieillesse est toujours capable 

de gérer son quotidien selon son choix !


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Deborah-Esther LIEBER



Ce site « HONORE TON PÈRE ET TA MÈRE... » participe au Ministère de l' ALLIANCE


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